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To Singularity

Quiconque souhaite avoir un aperçu de l’univers conforme aux visions de l’élite de la Silicon Valley devrait s’inscrire à la Singularity University. Son business plan s’articule autour d’un optimisme sans borne. Texte: Steffan Heuer | Photo: Beweley Shaylor; Berndnaut Smilde; Bill Wadman; AUDI AG; Shutterstock; Cassander Eeftinck Schattenkerk; Nina Chen | Installation: Courtesy Berndnaut Smilde et Ronchini Gallery | Vidéo: Singularity University; AUDI AG

Lorsque Ray Kurzweil entre sur scène pour partager sa vision optimiste d’un avenir hautement technologique, le silence s’impose parmi les quelque 100 cadres venus de 38 pays. Pendus aux lèvres du technologue, directeur de l’ingénierie chez Google, ils dégainent leur smartphone pour enregistrer chacun de ses mots. Pendant une bonne heure, Kurzweil explique aux parti-cipants de l’Executive Program de la Singularity University la progression inexorable de l’intelligence artificielle et des nanorobots microscopiques. D’après l’informaticien âgé de 69 ans, ceux-ci devraient, d’ici à quelques années déjà, voyager à travers le corps humain pour reprogrammer notre système immunitaire et relier le cerveau au cloud. «Notre cerveau deviendra un mélange de pensée biologique et non biologique. Cette mise à niveau nous rendra, nous les humains, plus drôles et plus intelligents», lance Kurzweil, sur le ton d’un homme convaincu qui a consacré sa vie à la recherche sur le transhumanisme. Son livre «The Age of Spiritual Machines: when Computers Exceed Human Intelligence» s’est hissé au rang des best-sellers, suivi de «Humanité 2.0: la bible du changement». Il pense ainsi au moment, pas si lointain, où, grâce au progrès technique toujours plus rapide, on ne fera plus de différence entre l’homme biologique et les systèmes numériques composés de matériel et de logiciels. L’instant où atomes et bits ne feront plus qu’un. «La singularité nous permettra de surmonter les restrictions qu’imposent notre corps biologique et notre cerveau», argumente le visionnaire.

Nimbus Karijini, 2017

«D’ici à 2045, nous allons multiplier par un milliard l’intelligence collective de notre civilisation composée d’hommes et de machines. Commencera alors la singularité technologique – un avenir qui dépasse de loin notre imagination.»

Ray Kurzweil

Quiconque souhaite apprendre aujourd’hui déjà à penser comme Kurzweil et se préparer au changement révolutionnaire que connaîtront toutes les sphères de la vie peut se former à la Singularity University.

L’organisation fondée en 2009 a évolué pour devenir l’un des think tanks les plus réputés en matière de transformation numérique, elle attire non seulement des centaines de managers de pointe mais organise aussi des conférences de Berlin à Sydney. «Dans le fond, nous sommes des optimistes convaincus que la technologie peut être utilisée pour le bien-être de l’être humain. C’est pourquoi nous voulons éduquer les individus, les inspirer et les rendre capables d’appréhender et d’utiliser les technologies exponentielles», explique Carin Watson. Après 20 ans passés au poste de manager pour une grande entreprise, elle est aujourd’hui en charge de la formation et de l’innovation auprès de l’université. Elle s’inquiète du retard considérable dans la préparation de la société à l’avenir connecté, dans lequel il sera possible, grâce à un réseau dense de capteurs et d’appareils intelligents, de répondre à presque chaque question et même de poser un diagnostic médical complexe. «Dès que je quitte une haute école, mon savoir est déjà obsolète. Il serait naïf d’attribuer des pouvoirs magiques aux nouvelles technologies. En revanche, elles peuvent offrir de nouvelles opportunités pour surmonter les grands défis irrésolus de l’humanité – de la pauvreté et de la faim à la santé, en passant par la formation. Et Watson d’ajouter: «Nous croyons à un avenir de l’abondance. Nous devrions tous contribuer à le façonner.»

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Rob Nail, CEO de Singularity, peut témoigner des conséquences de la réflexion sur le changement exponentiel.

En 2007, cet académicien de Stanford vend sa start-up de biotechnologie pour se lancer en quête de son prochain défi lorsqu’il suit son premier programme d’été à la Singularity University.

Nimbus Probe, 2010
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Dans son appel à façonner activement l’avenir, la Singularity University s’est transformée en mouvement mondial ces neuf dernières années.

Le centre est implanté sur l’ancien aéroport militaire de la NASA, le Moffett Field, au sud de San Francisco. Singularity a loué, à côté d’un hangar aéronautique historique, trois bâtiments qui hébergent l’administration, le centre de conférences et un incubateur pour start-up du monde entier. Plusieurs fois par an, une centaine de cadres des quatre coins du monde sont invités à un Executive Program, pour digérer et discuter, une semaine durant, du plus grand nombre d’approches possibles visant à contrer la menace qu’implique la disruption. Jusqu’ici, près de 3000 participants ont suivi ce cours intensif. Quiconque souhaite faire partie du cercle doit déposer sa candidature et, entre autres, répondre à la question de savoir comment il ou elle souhaite personnellement améliorer le monde. «Il s’agit d’une opportunité unique de poser des questions ayant trait aux technologies exponentielles et de sentir l’esprit d’innovation incroyable qui règne à la Silicon Valley», déclare Tobias Regenfuss, responsable du secteur Cloud & Infrastructure Services chez Accenture, à Munich. Il a participé au programme de l’hiver 2017. «Que l’on partage ou non à 100% la vision de Singularity importe peu. Par contre, nous avons tous sous-estimé, par le passé, la vitesse à laquelle les choses changent. Ce que j’ai appris pendant ce cours, je peux l’appliquer dans mon travail, dans l’intérêt de mes clients». souligne Regenfuss avec éloge. Pinar Emirdag, physicienne d’origine turque, apprécie surtout le fait qu’elle pourra poser sur son univers un regard neuf, en sa qualité de responsable d’une petite équipe d’innovation à la State Street Bank de Londres. «Il est extrêmement important de comprendre les vastes conséquences sociales et économiques qu’impliquent les innovations technologiques. Mais pour commencer, il faut s’ouvrir et changer toute sa façon de voir et de penser.»

Nimbus De.Groen, 2017

Pour accélérer ce changement sur tous les fronts, la Singularity encourage depuis peu les start-up prometteuses, notamment par des investissements.

Les équipes qui proposent des idées innovantes portant sur de grands thèmes comme la pauvreté, la santé et la formation, peuvent suivre un programme de sept semaines dans l’incubateur Singularity, avant de présenter leurs concepts et prototypes sur une «Demo Fair». Dès qu’une idée se mue en start-up, Singularity Ventures participe à la fondation et établit de précieux contacts avec des mentors, des partenaires commerciaux potentiels et des investisseurs. Depuis sa fondation en 2016, onze équipes au total sont passées par l’incubateur, explique Monique Giggy, directrice de Ventures. La plupart d’entre elles ont ensuite été intégrées aux entreprises de son portefeuille. Dans l’ensemble, Singularity Ventures a investi dans 58 start-up qui ont, jusqu’ici, récolté 220 millions de dollars de capital et créé plus de 500 emplois. Comptent parmi les réussites le programme Matternet, pionnier en matière de drones, et Majik Water, dont la technologie permet aux communes pauvres du Kenya de transformer l’humidité naturelle de l’air en eau potable. «Les start-up qui viennent à nous sont animées par l’incroyable passion d’apporter un changement dans le monde». explique Giggy. Dès 2018, ces fondateurs exposeront leurs motivations aux participants de l’Executive Program. Les cadres peuvent ainsi établir un contact direct avec la relève pour concrétiser plus rapidement encore la vision d’une convergence entre l’homme et la machine.

Nimbus Himalayas Museum, 2015
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